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Cher Monsieur Signac,

« Cher Monsieur Signac,

J’ai toujours sur moi un petit cadre en bois doré, au travers duquel je contemple les couchers de soleil ; aujourd’hui je m’en sers pour vous regarder, vous et la société des Indépendants… »

Francis Picabia, « à monsieur Paul Signac, président de la société des Indépendants », 1922 (in Francis Picabia, « Ecrits critiques », ed. Mémoires du livre).

Pôles actifs, pôles réceptifs

Trouver sa bonne humeur au réveil en lisant Picabia :

« Les êtres se divisent en plusieurs catégories – pôles actifs, pôles réceptifs – il y a ceux qui sont uniquement réceptifs, ceux qui possèdent ces deux facultés réunies, et d’autres qui sont « neutres » au sens chimique du mot puisque rien ne peut les transformer pas plus qu’ils ne peuvent contribuer à la moindre transformation. Ces êtres-là nous encombrent à la manière des cafards… Ce que j’avance ici, je suis persuadé qu’on pourra le démontrer bientôt à l’aide d’appareils enregistreurs du même principe que ceux qui nous incitent dans les gares sous l’étiquette « Essayez vos forces », mais il faudra que les molécules des métaux dont seront faits ces appareils ne soient pas hyper-suggestionnables ! »

Francis Picabia, « Lutte contre la Tuberculose », in Comoedia du 3 août 1921 (à retrouver dans Francis Picabia, « Ecrits critiques », ed. Mémoires du livre).

► Feuilleton du vendredi soir (3 croquis)

21h30, Marguerite à la table lumineuse décalque un manga

Stylo-bille et encre de Chine sur papier, 10.5 x 14.4 cm, 27/05/2011.

… tandis que 22h (et quelques), Greg lit du Ellery Queen

Stylo-bille et encre de Chine sur papier, 14.4 x 10.5 cm, 27/05/2011.

Stylo-bille et encre de Chine sur papier, 14.4 x 10.5 cm, 27/05/2011.

… et que 22h35 je renverse de l’encre de Chine sur mon pantalon, m’empresse de sortir du garage (dans le noir) pour aller me nettoyer, glisse sur le vomi qu’un chat a judicieusement déposé derrière la porte pour vlan m’étaler sur le flan (et me tordre un doigt).

► Imagerie « Tour de garde » (Album)

Petite collecte d’illustrations issues de la revue Tour de garde

Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #16.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #15.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #14.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #13.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #12.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #11.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #10.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #09.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #08.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #07.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #06.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #05.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #04.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #03.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #02.
Auteur inconnu, illustration pour la revue *Tour de garde*, #01.

Quel homme intelligent, dans ce petit Kiosque !

 » Petit bobo

A votre âge !

La fantaisie travaille la pauvre plante des tendresses. Je prends une feuille de papier sans le vouloir, avec mes lèvres. Quel homme intelligent, dans ce petit Kiosque ! Sous la lune tu ne pleureras que trop, voleur accepté un grand après-midi. Du camp mercredi on s’aime, brunes minutes attachés. Te figures-tu, te figures-tu comme je les aimais ? Ah ! les autres sont de petites étoiles, tu me manques trop comme la prochaine fois. Je n’ai que ça de bon, la Religion des antithèses annoncées, on m’a annoncé des comparaisons. Bel astre prêt à dire mon nom, l’Inde néglige les formes de Plutarque. Je vais vous donner ma voiture, ma voiture qui tressaille, journées heureuses, journées heureuses croyez-en un voyageur qui ressemble à la pluie, à Beethoven, à Sienne, à Paris, au bitume, à la merde, à la merde de Chopin qui sent. Allons donc, allons donc je t’aime, tu t’es arrêtée, allons donc, allons donc tu es ma famille ; maintenant fais-moi un petit bobo, un petit bobo, un petit bobo, un petit bobo, un petit bobo, un petit bobo ; bien sûr que oui, oui quand j’étais jeune j’avais de bonnes joues, oh bonhomme antichambre, antichambre.  »

Francis Picabia in « Meccano », n°2, Geel, 1922 (revue de I.K. Bonset, alias Théo Van Doesburg), accompagné d’un dessin mécanique intitulé « Les dents viennent aux yeux comme les larmes ».

Coraux

 » Sur ton cou, des coraux,
Sur l’étang, têtes de crapauds.
Crottes d’agneau,
sur la neige, crottes d’agneau.

Rose sur la lune nimbée,
sur ta taille, ceinture dorée,
Corde de chanvre,
sur mon cou, corde de chanvre.

Jambe et jupon en mouvement,
comme la cloche et son battant,
comme dans l’eau vive
deux peupliers se courbant.

Jambe et jupon en mouvement,
comme la cloche au sourd battement,
comme dans l’eau vive
le silence des feuilles tombant.  »

Attila Jozsef, « Coraux » in « Ni père ni mère ».

Noël Triste

 »  In natale Salvatoris,
Angelorum nostra choris
Succinat conditio :
Harmonia diversorum,
Sed in unum redactorum
Dulcis est connexio.

Adam de Saint Victor.

 

Livides, par les sentes défleuries, les froids dévalent des montagnes – comme un ost de loups blancs au pelage de frimas. Les feuilles oubliées par les aquilons frissonnent – papillons roux – au faîte des arbres assoupis. A travers les campagnes où la glèbe dure crie sous les pas, où, sur les chaumes passementés de givre piaillent, les agaces en demi deuil, le bonhomme Noël sonne les trompes de l’Advent. Sur le velour tanné des herbes mortes, la neige étend ses froides pannes – royales et tristes dans leur impérieuse blancheur.

L’arc à l’épaule et le croissant au front, Luna transperce de sagettes d’or les moutonnantes nuées et, de ses cornes obnubilées, irise l’argent bleu des étangs.

Les flocons imminents où saignent des lueurs pourpres épaississent l’horizon de teintes mornes et mates : gris turquin, rose tendre et – bordant les coteaux – des verts de turquoise malade, d’émeraude assombrie.

L’azur entier semble un écu géant où les noirs barons de l’hiver inscrivent leurs hautaines armoiries, où les fasces de gueules et les chevrons de sinople s’élargissent cantonnés d’étoiles boréales, accostés d’oiseaux migrateurs.

Noël ! Noël ! Dans l’étables aux colonnes fuselées, repose en son berceau l’enfant sauveur. A genoux, Madame sa mère prélude au baise-main des Rois, tandis que Joseph introduit l’ambassade barbaresque auprès du nouveau-né. Graves, sous leurs turbans étoilés de sardoine, avec des paroles de bienvenue coulant de leurs barbes embaumées, les princes d’Orient apportent au Dauphin du Ciel des présents d’alliance et d’éternelle soumission.

Noël ! Noël ! Un ange a réveillé les pastours sous leurs tentes de peaux. Les humbles communieront, ce soir, de la Bonne Nouvelle. Noël ! Noël à tous et joyeux Advent ! Par les routes sonores, – des hameaux et des hauts lieux – s’empressent les laboureurs et les bergers. Noël ! Noël ! L’astre unique verse au firmament la lumière et la paix – ici bas – aux cœurs de bonne volonté.

Noël ! Noël ! Des chœurs d’enfants et la voix des orgues, par les ogives noires où tremblottent des points d’or. Au loin, sous la mitre coruscante, l’Évêque sénile et pieux, les officiants aux lourdes chasubles, les préchantes vêtues de lin. Les séquences aux douces rimes barbares, les antiennes et les répons, comme de soyeux oiseaux de nuit, voltigent dans l’église embrumée d’encens. Les Cieux se sont ouverts et, radiant le feu vermeil des gloires, la tige de Jessé fleurit d’impérissables fleurs.

Noël ! Noël ! Et toi, si navrée, toi déserte en ton orgueil, ô mon âme, bois encore – s’il se peut – un calice d’oubli. La chambre tiède est fleurie de jacinthes et de cyclamens. Réchauffe à leurs haleines tes souvenirs mourants. Au flamboiement des houilles sanglanté, évoque, pour l’adieu, ces ombres de promises et, sous le soleil des étés perdus, les étreintes nuptiales des vingt ans !  »

Laurent Tailhade, « Noël triste », version parue dans Le Décadent n° 26, 1er-15 janvier 1889 (publié initialement dans Lutèce, 24 août 1884, puis en recueil dans « Bagnères-Thermal », « Poèmes élégiaques » et « Terre latine »).

Visites du Jour de l’An

 »     On doit une visite de Jour de l’An non seulement à ses amis, mais à ses connaissances éloignées, à ses supérieurs, aux personnes avec lesquelles on n’a que des rapports de service et d’affaires. S’abstenir de cette visite indiquerait un manque de savoir-vivre ou l’intention de suspendre toutes relations ultérieures.

Pour les visites officielles qui se font « en corps » il n’y a point d’indications spéciales à donner : un protocole particulier à chaque administration en règle les détails et l’usage les perpétue. Le jour et l’heure de la réception sont quelquefois fixés par le supérieur qui veut éviter l’encombrement de son antichambre ; mais c’est là une exception ; en général, on reçoit ses subordonnés le matin même du 1er janvier, celui d’entre eux qui est le plus ancien ou le plus élevé en grade prononce quelques phrases exprimant les vœux de bonheur, au nom de tous.

Pour les visites officielles, qui se font séparément, il n’y a pas de formule spéciale à employer ; la démarche suffit pour que le devoir de politesse soit rempli. Ainsi un jeune instituteur, allant chez le maire de sa commune au 1er janvier, aura satisfait à toutes ses obligations sans qu’il soit nécessaire de présenter le moindre vœu de bonne année. Mais s’il a été reçu dans la famille du maire, ou s’il a été l’objet de quelques marques particulières d’intérêt et de bienveillance, il devra formuler des souhaits de bonheur.

En dehors des visites officielles faites aux supérieurs, aux bienfaiteurs, on ne fait que des visites de parenté ou d’intime amitié le jour du 1er janvier ; pour les autres, on a toute la semaine, et même tout le mois.

Entre les membres d’une administration, il est des usages établis ; le plus répandu et le plus rationnel est le suivant : tous les messieurs se rendent chez les femmes de leurs collègues, le 1er, le 2 ou le 3 janvier, en commençant, bien entendu, par celles de leurs supérieurs ; ils ont parfois une quarantaine de visites à faire dans ces trois jours ; mais elles sont courtes et les libèrent pour le reste de l’année.

Dans le courant du mois, les femmes de ces fonctionnaires se rendent visite entre elles à leurs jours ; dans ces visites, pas plus que dans celles de leurs maris, il n’y aura d’échange de vœux de bonne année.

Dans les relations mondaines ordinaires, y a-t-il lieu de faire une visite spéciale de nouvel an ? La question se pose fréquemment ; d’aucuns nient cette nécessité et blâment fort l’habitude surannée de ces tournées de visites faites à époques réglées, qui n’entretiennent ni des rapports affectueux ni le plaisir d’un commerce agréable. il est certain que la vanité puérile d’avoir beaucoup de monde à ses réceptions à poussé parfois bien des femmes à multiplier les visites de jour de l’an pour attirer, en retour, toutes les personnes qui avaient oublié le chemin de leur demeure.

Pourtant la coutume, en elle-même, rend de réels services ; tous ceux qu’on a négligés dans le courant de l’année, ceux-là mêmes qu’on avait oubliés ne peuvent être froissés d’un long silence, si l’on s’empresse, au jour de l’an, de venir leur présenter ses hommages ou leur renouveler d’affectueuses protestations.

Toutes les personnes occupées excusent volontiers les retards, les abstentions, elles ne se formalisent pas aisément. Il leur suffit d’une aimable visite en Janvier, pour qu’elles se considèrent comme faisant partie de vos connaissances, vous rencontrent avec plaisir. Mais lorsqu’une vie de travail ne peut vous excuser, l’unique visite du nouvel an est insuffisante, il faut au moins apparaître trois ou quatre fois dans l’année chez la personne avec qui vous voulez demeurer en relations.

Les visites du jour de l’an durent 10 à 15 minutes. »

Liselotte, « le Guide des convenances. Nouvelle encyclopédie populaire des usages mondains », P. Orsoni éditeur, 1915.

Perdre du temps, conseille quelque voix

« (…)

Une sécurité nommée la paix des champs, à l’encontre des dissipations ou verbiages, amasse, de silence, assez pour faire transparaître en ce qu’il s’agit de ne pas dire, la grandeur.

Perdre du temps, conseille quelque voix – pas de remords ou, pire, le dégoût sitôt que face à face avec du loisir, comme dans l’appartement : ici intervient l’illusion spacieuse. Les regards se satisfont à mi-hauteur de futaies et, mainte journée enfonce à l’étang, légendaire de trésor.

Comme il suffit de s’en aller, à une heure et demie, seulement que l’obsession qui continue, par le vacarme du train, finisse, près : et accourt, avec une épaisseur, ou la parité de végétations ultérieures, tel bois. Aspect, volontiers, d’environs, les blés, sur une grande étendue, célèbrent par leur assurance lumineuse le centre de population, en qui veille la cité. Toute fuite plus avant, revient en tant que fleuve.

(…) »

Stéphane Mallarmé, « Bucolique », in Divagations, 1897.

… Mais aussi

« là je m’apparais tout différent, épris de la seule navigation fluviale. J’honore la rivière qui laisse s’engouffrer dans son eau des journées entières sans qu’on ait l’impression de les avoir perdues, ni une ombre de remords. »

(S. Mallarmé dans sa lettre à Verlaine, qu’on peut lire ici : http://www.cynthia3000.info/fagus/2010/11/la-mort-de-mallarme/)

Sculptures de la maison des têtes, Colmar (Album)

Façade de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.).
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)
Une sculpture de la maison des têtes (Colmar, XVIIe s.)

(Photos prises à Colmar en décembre 2006)

► Une illustration de Paul Richer

Paul Richer, « Lignes d’implantation et de direction des poils à la surface du corps (d’après Beaunis et bouchard) »

In « Nouvelle anatomie artistique du corps humain, Vol. 2 – Morphologie, La femme », Plon-Nourrit, 1920 – accessible sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5533512w

(illustration croisée, parmi d’autres œuvres de Richer, dans « Figures du corps, une leçon d’anatomie à l’école des Beaux-arts », sous la direction de Philippe Comar, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2008).

dans l’acte lui-même

« Il lui apparut que c’était seulement lorsqu’il avait commencé à être capable de formuler ses idées qu’il avait fait le pas décisif. Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même. Il écrivit :
Le crime de penser n’entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort.
Maintenant qu’il s’était reconnu comme mort, il devenait important de rester vivant aussi longtemps que possible. »

G. Orwell, 1984